« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses »

Blaise PASCAL

Cette citation très connue et répandue est de Blaise Pascal, mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français. On la retrouve dans la compilation de ses différents fragments intitulée « Les pensées » .

https://fr.wikipedia.org/wiki/Blaise_Pascal

Elle se retrouve dans cette rubrique « Autour de la bible » car le thème qu’il y aborde est celui de la foi, de Dieu. Il s’agit notamment de notre manière de le connaitre et de l’appréhender.

Pourtant, dans notre quotidien, elle est utilisée à tort et à travers, dans tout sauf Dieu. En grandissant, j’avais toujours entendu cette citation comme l’argument des amours contestées, des relations affectueuses « douteuses ». Ce qui est bien loin du contexte initial de la plume de l’auteur.

Quand on demandait à un homme de 40 ans pourquoi entretenait-il une liaison extraconjugale avec une fille de 15 ans, il répondait « le cœur a ses raisons… ». Tout comme pour la tante qui entretenait des relations intimes avec son neveu, le « cœur avait ses raisons » …

J’étais en dernière année de lycée et suivais mon cours de Philosophie sur le thème de la RAISON et la FOI. J’entendis pour la première fois que c’était Blaise Pascal qui avait conclu « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses ». Il a conclu ainsi en défendant sa foi chrétienne. Plus précisément, l’insuffisance de la raison à l’appréhender.

La raison qui essaie de comprendre Dieu et le cœur qui connait Dieu

La raison et le cœur: Chronique d’une discorde?

Si Pascal en a conclu ainsi, c’est parce que certaines personnes opposent le cœur et la raison, et souvent dans l’optique de critiquer et contester la foi. Il vient donc expliquer ici que le cœur intervient là où la raison a ses limites car il est doté d’autres facultés. La raison seule ne pouvant suffire pour « connaitre » Dieu.

Cette opposition est en fait celle entre, d’une part notre intelligence, la capacité réflexive dont nous nous servons pour comprendre et expliquer les choses. D’autre part, le cœur qui est ici « la faculté d’intuition immédiate » des choses.

Le cœur est aussi l’expression de la foi, d’une sensibilité transcendante qui permet l’importation de la volonté divine.

CŒURsensibilité transcendante, importation de la volonté divine
RAISONintelligence, réflexion individuelle et personnelle
(Les termes sont employés ici dans ce sens, hors débats métaphysiques sur les définitions)

L’intelligence, exilée de la foi?

La foi souffre souvent de cette irrationalité et cette prétendue abstraction qu’on lui attribue comme des failles.

Et l’un des principaux obstacles qui m’empêchaient d’embrasser la foi était le manque d’explications, de réponses à tant de choses. Des choses que précisément l’intelligence ne suffisait pas à expliquer.

Par ailleurs, ce que j’avais remarqué et qui m’avait impressionné avec les chrétiens, c’était leur confiance malgré leur ignorance de tant de choses, ou leur incapacité à les expliquer rationnellement. Ce cœur m’avait impressionné.

Aujourd’hui chrétienne, il m’est arrivé de rencontrer à nouveau cette problématique, lorsque cette fois c’est moi qui annonçais l’Evangile.

Souvent, les chrétiens ont été moqués en ce sens qu’on estime parfois que ceux qui ont la foi, ont forcément endormis leur intellect, du moins leur « lucidité ». Parce que l’Evangile de Jésus-Christ serait pour les pauvres et les « idiots ».

Comme si le cœur, la foi, était forcément incompatibles avec la raison, l’intelligence voire « le bons sens ».

Un jour quelqu’un m’a dit : « Comment une fille comme toi qui a fait des études peut se laisser avoir par les églises ? »

Cette personne pensait évidemment qu’une personne « éclairée » ne pouvait se laisser avoir par ces histoires à dormir debout. Le cœur a tout simplement ses raisons que la raison ne connait point.

Il existe évidemment des personnes qui s’interdisent toute réflexion ou recherche sur ce qui concerne la Parole de Dieu, comme si cela était péché*.

*Ce point fera l’objet d’un autre article à venir plus tard sur le blog 
-Le Droit de poser des questions sur Dieu-
(Abonnez-vous à la newsletter en fin d'article pour ne rien rater!) 

Les raisons du cœur que la raison ne connait pas

S’agissant de Dieu, il est plus question de faire connaissance avec une personne que de comprendre un concept. En ce sens, j’apprécie énormément cette question de Blaise Pascal :

« Je dis que le cœur aime l’être universel naturellement et soi‑même naturellement selon qu’il s’y adonne, et il se durcit contre l’un ou l’autre à son choix. Vous avez rejeté l’un et conservé l’autre. Est-ce par raison que vous vous aimez ? » 

Il parle simplement du manque de logique inhérent à l’amour, que l’on essaie d’appliquer à Dieu, sans cependant l’appliquer à nos autres choix. Parce que la foi seule devrait se justifier … ?

Il y a, à notre sujet, des choses que nous même ignorons. Concevons alors qu’il puisse en être ainsi de notre connaissance de Dieu aussi, et même de la nature qui nous entoure.

L’on ne raisonne pas au sujet de notre amour, de l’attachement de notre cœur envers certaines personnes. Alors que, selon certains critères sociaux, psychologiques et parfois tout le bon sens, cela serait incompréhensible. On n’aime pas avec intelligence, ou avec raison, mais avec le cœur.

Toutefois, lorsqu’il s’agit de l’amour envers Dieu, étrangement, nous revendiquons toutes sortes d’explications mathématiques.

Il y a mille choses au quotidien que notre raison ne peut expliquer…et nous avons admis que certaines choses dans notre esprit, dépassaient la conscience, et l’intelligence.

Cherchions-nous enfants à savoir ce que notre Père, tuteur ou autre faisait toute la journée pour ramener le pain sur notre table ? Lui demandions nous des comptes sur sa liste de tâches de la journée ?

Nous acceptions tout dans un rapport de connaissance, de confiance et d’amour mutuel établi. Un rapport d’ordre naturel.

La normalité inhérente à cette situation faisait qu’on ne se posait pas la question tout simplement ! On savait qu’il y avait des choses de « grands », des choses qu’il revenait aux adultes de gérer dans leur rôle.

Nous connaissons en partie : Le cœur au secours de la raison

Nous connaissons en partie

L’Apôtre Paul a dit : « Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu »

1 Corinthiens 13:9

L’impasse, l’ignorance devant les mystères de la création et de l’homme devrait nous pousser à une contemplation admirative de l’œuvre magistrale de Dieu, plutôt qu’à la perplexité, et au rejet.

Le besoin de tout savoir, tout comprendre, tout contrôler procède de la peur et du manque de connaissance.

Dieu peut nous expliquer certaines choses en les mettant à notre niveau. C’est pourquoi la bible image souvent les réalités spirituelles à l’aide de représentations du monde physique. Le seul que nous arrivons à appréhender. Par exemple, l’immersion dans l’eau du baptême pour la nouvelle naissance, la brisure du pain pour le corps de Christ… Sans parler de toutes les préfigurations que la Parole contient.

Pour d’autres choses, on les comprend mieux en grandissant, par la révélation de son Esprit.

Enfin, il y en a encore qu’on ne comprendra qu’une fois Christ de retour.

La bible le dit que notre connaissance n’est que partielle et nous pouvons d’ailleurs le constater chaque jour. Cela est vrai et la foi chrétienne n’a jamais prétendu tout savoir.

On essaie de répondre aux questions au sujet desquelles nous disposons de quelques éclairages grâce à la Parole de Dieu, à l’expérience du vécu par son Esprit, mais nous ne connaîtrons jamais tout, à moins de devenir Dieu lui-même.

PASCAL disait encore : « Si cette religion (chrétienne) se vantait d’avoir une vue claire de Dieu et de la posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu’on ne voit rien dans le monde qui la montre avec cette évidence.

 Mais puisqu’elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres et dans l’éloignement de Dieu, qu’il s’est caché à leur connaissance, que c’est même le nom qu’il se donne dans les Écritures, Deus absconditus[1] »

Autrement dit, le chrétien reconnait ses limites et que même Dieu le veut ainsi, donnant lui-même à qui le cherche de tout son cœur, un accès supérieur à sa personne.

« …Dieu a établi des marques sensibles dans l’Église pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement, et qu’il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu’il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur »

Effectivement, nous ne connaissons qu’en partie. La raison connait en partie, le cœur prend le relais sur les parties fermées à la raison. Même pour le cœur, Dieu lui a fermé encore une partie.

Il y a:

  • Des choses que Dieu a livrées à l’intelligence de l’homme dans les siècles
  • Certaines informations qu’il révèle avec les années dans la relation personnelle avec lui.
  • Les secrets qu’il a gardés pour lui- même, le domaine réservé de Dieu.

Quand Dieu interroge

A Job, par une démonstration qui n’appelle aucune objection, sinon l’acceptation de l’évidence de notre ignorance, Dieu nous fait comprendre nos limites.

« Qui est celui qui obscurcit mes desseins Par des discours sans intelligence »

« Où étais-tu quand je fondais la terre? Dis-le, si tu as de l’intelligence »

« Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin? As-tu montré sa place à l’aurore »

« Lances-tu les éclairs? Partent-ils? Te disent-ils : Nous voici? »

« Qui a mis la sagesse dans le cœur, Ou qui a donné l’intelligence à l’esprit? »

Job 38: 1,4,12,35,36

C’est la preuve de notre ignorance sur notre propre existence et sur cette terre où nous vivons, alors combien de fois des choses encore plus immatérielles.

Si nous disons que c’est Dieu qui a les réponses, les capacités et pas nous,

Si nous reconnaissons que nous ne maîtrisons pas tout de ce qui est dans la nature parce que nous ne l’avons pas créée,

Nous reconnaissons par là même que nous ne pouvons pas tout savoir sur nous-même parce que c’est aussi Dieu qui nous a créés et encore moins tout savoir sur lui puisque nous ne l’avons pas créé.

C’est le créateur qui détient les formules de sa conception. J’exalte la main créatrice de Dieu, dont l’ouvrage excellent est constaté par notre intelligence mais dont les formules sont exclusives à la sienne

Ce qui nous est donné: JÉSUS-CHRIST, moyen de connaissance

PASCAL rajoute : « Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus‑Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus‑Christ.

 Nous ne connaissons la vie, la mort que par JésusChrist. Hors de JésusChrist, nous ne savons ce que c’est ni que notre vie ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nousmêmes.

Ainsi sans l’Écriture, qui n’a que JésusChrist pour objet, nous ne connaissons rien et ne voyons qu’obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature ».

Car, nous connaissons Dieu par celui qu’il a envoyé nous parler de lui et nous le faire connaitre.

C’est par Jésus Christ que s’acquiert la connaissance et la sagesse de ce que nous pouvons connaitre. C’est en fait dans la relation avec lui qu’il nous instruit progressivement dans la marche, de ce que Dieu, ce que nous-même, ce que le monde et son avenir.

« Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître »

Jean 1 :18

Et nous connaissons Jésus-Christ par la Parole qu’il est et dont il fait l’objet.

Il est celui qui distille dans notre cœur, le sentiment profond de l’amour de Dieu et du salut en son nom. Il met dans notre cœur des choses que la raison ne peut pas expliquer mais qu’elle épouse silencieusement, obéissante.

En conclusion…

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connait point, on le sait en mille choses », rien n’est plus vrai.

Il y a des choses, concernant Dieu que notre raison arrive à saisir. Mais il y a tellement plus encore qui lui échappent. C’est pourquoi la foi est une affaire de cœur, une affaire de cœur à cœur.

Il ne faut pas se reposer sur sa seule capacité de compréhension pour comprendre la Parole de Dieu ou les « choses » de Dieu. Encore moins refuser d’embrasser la foi et recevoir le salut pour cela.

L’auteur a également conclu : « nous connaissons la vérité non seulement par la raison, mais encore par le cœur »

En effet, le cœur et la raison interviennent tous deux dans la vie du croyant, l’un là où l’autre ne peut expliquer. Mais le centre de la foi c’est le cœur, car c’est lui qui sent Dieu.

Le cœur ouvre parfois à la raison quelques une de ses raisons, mais ça, c’est pour une prochaine fois.

A vos plumes, et que Dieu vous bénisse!

Loraine de Plume Pèlerine


[1] Esaïe 45 :15

© 2020, Loraine. All rights reserved.

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2020 Loraine ONDON

2 Replies to “« LE CŒUR A SES RAISONS.. »”

  1. Merci pour ce partage qui m’a beaucoup édifié.
    Les illustrations sont vraiment parlantes et puis je dormirai moins bête ( concernant La fameuse citation)

    Merci à toi plume pèlerine. Que le Seigneur ajoute à ce que tu as afin que nous recevons également.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You cannot copy content of this page.